#1 – Lost in transition, crise et quête de sens

Avec Our Millennials Today, on part à la rencontre d’étudiant·es et jeunes diplômé·es qui se sont jeté·es dans le grand bain du travail. On parle aussi éducation et orientation scolaire dans les Grandes Écoles. Athlète confirmé·e ou newbie en brassard, bienvenue 🎣 


« Tu sais ce que tu vas faire après toi ? »

« Je ne suis pas super optimiste sur l’avenir de mon secteur pour l’instant. En tant qu’intermittente j’ai un peur de la suite. Je ne veux pas faire un job qui n’a pas de sens pour moi » un·e de nos nageur·ses intermittent·e du spectacle

Selon Welcome to the Jungle, environ 45% des étudiants ont peur pour leur avenir aujourd’hui (qu’il soit professionnel ou estudiantin). D’un autre côté, 98% des Français ont exprimé avoir déjà éprouvé des regrets professionnels. Soit. Si on croise ces informations, il semble légitime de se poser la question suivante : comment pouvons nous accompagner les étudiant·es pour leur permettre d’envisager le plus sereinement possible leur orientation professionnelle ? Déjà pertinente en temps “de paix”, cette question me semble d’autant plus porteuse de sens au vu de la situation . À cette heure, il est encore difficile de savoir exactement à quel point la crise sanitaire actuelle aura un impact sur notre société et économie. Il suffit de voir le nombre de travailleur·ses en chômage partiel voyant leur apport financier se réduire considérablement (pour certain·es), la clôture de tous les lieux culturels touchant un milieu déjà rythmé par les questions de précarité, etc. pour être tenté·e d’énoncer gravement : « On ne voit que le haut de l’iceberg ».

Stéphane Audouin-Rouzeau, historien spécialiste de la Première Guerre Mondiale, a partagé son approche quant à « l’après confinement » tant mythifié, dans cet article publié sur le site de Mediapart. Pour lui, quelque soit l’avenir, il ne contiendra rien de certain si ce n’est son aspect inédit. La situation l’étant, elle ne peut qu’appeler la nouveauté. Quoiqu’il arrive, nous ne pourrons revenir en arrière affirme t-il. Car changer demande une adaptation de notre part à un contexte et vouloir régresser à tout prix serait non seulement contreproductif mais absurde.

Des millions d’étudiant·es vont être diplômé·es cette année. Une grande partie d’entre eux cherche encore LE contrat qui leur permettra d’entrer (enfin) dans la “cour des grand·es”  —  aka le marché de l’emploi. Mais, comment aborder cette transition vers le grand bain dans un contexte aussi original ? À l’échelle de l’Europe seulement, 4,7 millions d’étudiant·es ont reçu un diplôme de l’enseignement supérieur en 2015. Ce chiffre est en hausse chaque année, mais imaginez ce que cela peut représenter en pourcentage de la population mondiale sachant que nous n’en sommes qu’un (petit) échantillon.

Chacun·e adopte une attitude différente face à cette incertitude. Quelques un·es (les plus #chills) arrivent à relativiser et abordent la situation en mode oklm. D’autres — plus enclin·es à la panique — gèrent une crise existentielle énorme (la team #whatamIdoingwithmylife anxious).

« J’ai clairement laissé tomber ma recherche d’emploi à l’annonce du confinement. J’assiste à quelques webinaires sur le sujet, mais je verrai plus tard » 

« Je continue à postuler mais soyons clairs : c’est pas la joie pour l’instant »

Des nageur·ses qui boivent la tasse


Une partie de ce phénomène s’explique par la dichotomie des informations auxquelles nous avons désormais accès. À l’heure où nos feeds regorgent de messages vantant la vertu du temps, fleurissent également — plus discrets peut-être — ceux nous rappelant que « non, la chasse à l’emploi ne s’arrête pas avec le confinement ». Comment donc composer entre cette situation inédite, une économie en pleine crise existentielle, et un sentiment d’urgence insufflé par des entreprises (tout aussi incertaines que le contexte) ?


Pour les plus curieux·ses, vous pouvez trouver ici des informations (chiffrées) supplémentaires sur le système Européen.


🦀 Finis les « Bullshit Jobs » ?

« Je ne veux pas faire un métier qui n’a pas de sens pour moi »

Pour tous·tes celles et ceux qui utilisent le confinement comme un moment de pause, de prise de recul et/ou de développement personnel, la question de l’épanouissement au travail se pose de plus en plus, souvent couplée à celle du sens. Il y a deux ans apparaissait la notion des « bullshit jobs ». A rapidement suivi l’émergence de nombreux podcasts, groupes de réflexion / échange autour de la transition professionnelle (finalement intimement liée à celle du développement personnel comme le présentait Nathalie Hector ancienne directrice du PGE à emlyon business school dans un entretien).

Verra t-on alors une recrudescence des démissions post-confinement ? Ou cela ne se traduira t-il finalement que par un désengagement encore plus croissant de la part des employés ? Pour rappel, selon une étude Gallup menée en 2018, seuls 11% des Français se sentent engagés au travail. Car oui, entre vouloir changer d’emploi et pouvoir s’offrir matériellement les moyens d’amorcer une transition, il y a parfois un monde. 


😬 Une anxiété en hausse chez les jeunes travailleur·ses

« J’ai commencé à réfléchir à l’après. Je ne me fais pas trop d’illusion sur le conseil culturel. Je suis une des dernières arrivées, donc inévitablement une des premières à partir »

De passage sur le podcast Nouvelle École, Kyan parle longuement de son rapport au temps qu’il a dû apprendre à apprivoiser avec les années. Comment font aujourd’hui tous ces jeunes en sortie d’école pour conjuguer au futur ce temps si particulier ?

Car les étudiant·es ne semblent pas être les seuls à se questionner sur leur avenir. Parmi les jeunes diplômé·es, nombreux·ses sont celles et ceux qui profitent de la quarantaine pour faire le bilan (calmement) de leur·s première·s anné·es d’activité. 

Si certain·es ont ainsi pu confirmer leur choix d’orientation, pour d’autres, le constat se teinte de frustration. Que ce soit en termes d’horaires de travail démentiels, de tâches répétitives accentuées par le télétravail, et d’impact direct peu quantifiable, il devient parfois difficile de se projeter à long terme dans une entreprise avec laquelle nous ne sommes pas aligné·es.

« Je n’ai pas tant envie de rester que ça, mais soyons réalistes, où pourrais-je donc aller vu la situation ? »

Nager sans envie

Le CDI. Déjà sacralisé par nombre d’entre nous, ce contrat est encore plus érigé au titre de graal pour qui n’a pas la certitude d’avoir un travail demain. Car oui, au royaume de l’État Providence, le CDI fait office de permis de laisser-passer.

« J’ai pu voir à quel point mon statut de freelance était précaire avec la crise »

« Au moins, tu as un CDI »

Des statuts de nage différents pour des ressentis qui le sont tout autant


🔍 Le confinement, un effet loupe ?

« Bien sûr que la situation a un impact sur mon état d’esprit — le télétravail ne s’accorde pas trop avec mon besoin social — mais je me demande si ça n’est pas plus profond »

Une socialisation moindre, un calvaire pour nos nageur·ses extraverti·es

Voir ses réactions somatiques s’envoler pendant ses moments de repos pour resurgir de nouveau lorsqu’on sort de pause, se sentir mal à l’aise en réalisant une tâche absurde qui nous paraissait normale il y a encore quelques semaines, sont tout autant de petits indicateurs qui mettent en exergue une réalité criante : celle d’un job qui ne convient pas. Chaque signal faible avec lequel nous composions est désormais passé au crible de la loupe « quarantaine » qui souligne les dysfonctionnements de notre machine de travail. 

À cela s’ajoute également d’autres questions relatives au bien-être en entreprise. Pour n’en citer qu’une : comment couper de sa journée de travail lorsque notre espace de vie est le même que celui où nous travaillons ? Aucun trajet ne séparant ces deux espaces, notre esprit peut lui aussi peiner à composer avec ces deux temporalités, et rapidement créer un déséquilibre. 

« Je ne compte plus mes heures, j’ai envie de démissionner. J’ai commencé à rédiger ma lettre au cas où » 

Un·e nageur·se sous l’eau

Ainsi, certaines professions déjà habituées aux longues journées voient leurs horaires exploser à coup de visioconférences, appels et dossiers à rendre en urgence. La démultiplication des outils de communication nous rendant encore plus sollicitables – et donc sollicités – encourage également ce nouvel effort. Avec le renouveau des modes d’organisation interne et de pratiques de travail, va t-on passer d’une culture encore fortement liée au présentéisme à un modèle fondé sur la productivité (à l’image de nos “voisins” outre-Atlantique) ? 

D’autres ont su s’emparer du sujet au début de la crise. Chez makesense (où je travaille), un cercle interne dédié au bien-être a pris soin d’accompagner dès les premiers jours les collaborateurs —  en les réunissant autour d’ateliers d’échange pour mieux organiser son travail et en partageant régulièrement des bonnes pratiques de télétravail pour éviter le surmenage. Un outil de « prise de pouls » de notre état a également été mis en place au sein de l’équipe pour suivre hebdomadairement notre bien-être. Mais même dans ce vaisseau libéré, on peut sentir, des fois, que rester droit·e sur le pont par vents et marées a ses limites (voir l’article d’Hélène Binet sur le sujet).


👀 So what?

Impossible donc de prévoir de quoi sera fait le monde du travail de demain. Combien de professions vont devoir se réinventer ? Combien vont émerger de cette crise ? Et combien au contraire risquent de se voir disparaître ou leur activité réduite ?

La pandémie étant à la culture d’entreprise ce que le sel est aux aliments (un exhausteur), je suis curieuse de voir de quelles façon les industries vont évoluer dans les semaines / mois à venir pour garder leurs salarié·e·s engagé·e·s (et bien dans leurs baskets).

Et voilà, c’est tout pour aujourd’hui j’espère que ça t’aura plu !


🦑 Quelques ressources avant de se quitter :

👉 La série d’Hélène Binet sur “comment une entreprise libérée s’adapte t-elle à la crise ?” avec ce magnifique article de témoignages 

👉 Welcome to the jungle a écrit un article sur ces travailleurs confinés chez leurs parents. Entre douce régression, cohabitation forcée et découvertes, on découvre également qu’être dispensé de tâches ménagères encourage le surmenage. 

👉 La communauté Paumé·e·s de makesense pour parler à d’autres personnes qui se posent des questions sur le sens de leur vie

👉 La newsletter et le groupe facebook des Nouveaux Travailleurs pour parler d’épanouissement au travail

👉 Les Joyeux Audacieux pour découvrir un collectif plein de bonnes vibes !


À très vite pour un nouveau plongeon 🐋 

Apolline

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