Réussir sa vie dans le grand bain

« C’est un chemin. Pour moi la réussite ça ne veut pas dire que tu as tant de k€ sur ton compte à la fin du mois ou tel nom sur ton cv. C’est ultra personnel, c’est relatif à ce que TOI tu veux dans la vie »

Cette définition de la réussite, c’est Camille qui me l’avait donnée lors de notre échange Au bord du bassin. Elle m’avait expliqué avoir d’abord cherché à poursuivre un schéma classique de ce qu’elle considérait alors comme la réussite – à comprendre un diplôme puis métier socialement perçu comme prestigieux. Ce plan de vie est rapidement tombé à l’eau suite à une mauvaise expérience. Cela lui a fait questionner la notion de réussite.

COVER ARTICLE - Qu'est-ce que réussir dans le grand bain ? - Our Millennials Today- Personne nageant dans la mer  by Apolline Rigaut
lost in pression sociale

tu veux dire quoi toi par « réussir » ?

une to-do de l’enfer

Depuis enfant on apprend, progressivement, ce que le devenir adulte implique. Via nos lectures, nos jeux, films, on intègre et reproduit comment notre développement devrait tendre vers un schéma précis. Bref, remplir une to-do list pouvant contenir : CDI, maison, scenic, famille, épargne (ajouter les mentions manquantes).

En sus, le système éducatif – lui aussi – nous acculture à cette même définition de la réussite en établissant d’une hiérarchie des métiers, soit, de la réussite sociale. Cette hiérarchie varie selon les établissements et notre milieu social. Elle peut être implicite ou non. Par exemple, un·e ami·e m’avait expliqué que son établissement avait une « fresque des alumni ». Chaque photo était agrémentée d’un point de couleur pour signifier l’école (de commerce ou d’ingé) intégrée par la personne. L’histoire ne dit pas si les gens qui choisissaient d’aller à la fac avaient aussi droit à une gommette.

Toujours est-il que devant la majorité des personnes s’orientant vers une école, les élèves actuel·les intégraient que ce choix était le meilleur (on a droit à sa distinction). Iels avaient donc tendance à s’y conformer et, souvent, suivre le même chemin. Cette anecdote m’a d’ailleurs été racontée sur les bancs de notre école de commerce ensuite 🤷🏾‍♀️

Si l’on suit la logique enseignée, il semble alors « normal » que pour certain·es nageur·ses, réussir se compte en quantité de bouées de luxe. Qui se souvient du fameux « si à 40 ans t’as pas de flotex t’as raté ta vie » ? Cela peut aussi s’exprimer en termes de titres – champion·ne olympique du 100m c’est vrai que ça claque –, ou de réputation – « le·a nageur·se la plus sympa du game » – comment ça, c’est pas ce à quoi tu pensais ? Bref, la réussite, ici c’est avant tout un fait social lié au regard extérieur que l’on porte sur notre parcours de nage – qui impose le «respect » par son autorité.

ne laisser personne sur le bord du bassin

Malgré tout, cette approche (assez élitiste) du succès peut engendrer des situations d’auto-censure, de dévalorisation de profils aux intelligences diverses face à ceux aux aptitudes plus « scolaires ».

Cela peut aussi se traduire par la désertion de certaines catégories sociales des métiers manuels … pour ensuite y revenir « en masse » à l’occasion d’une reconversion, une fois son rapport à la réussite déconstruit.

« Quand on te dit toute ta vie que tu es nulle, tu ne te projettes pas dans un schéma de réussite aux petits oignons » nous confiait ainsi Julie qui nous parle de son parcours dans cet épisode du podcast et la vidéo ci-dessous 👇


mais alors, c’est quoi réussir ?

faire le deuil de la médaille d’or

(Se) Chercher et (se) trouver pour définir sa propre réussite, c’est ambitieux. Mais surtout, ça demande une sacrée paire de brassards. Tant pour se porter le temps de la réflexion que pour nous maintenir à flot lors du deuil.

Parce que oui, trouver cette définition en soi, c’est avant tout renoncer à la définition « classique », au conformisme. Camille, Anne, Antoine, et les autres athlètes semblent tous·tes être passé·es par une phase de gros down. Burnout, bore-out, déception ou perte de repères totale face à un modèle fantasmé – mais non conforme aux désirs réels –, you name it. Pourtant, chacun·e d’entre eux/elles mentionne le fait que, sans avoir bu la tasse, aucune remise en question n’aurait eu lieu.

Étrange ? Pas tant si l’on considère les étapes de la courbe du changement d’Isabelle Kübler-Ross.

pour se faire confiance

S’émanciper de la définition classique de la réussite, c’est apprendre à se faire confiance. Revenir à soi, ses envies et (surtout) besoins pour y puiser ce qui nous importe à l’échelle individuelle.

Somme toute, c’est sortir des lignes de nages pour ouvrir la sienne. En psychologie, on pourrait dire que tu te définis donc par un locus interne (aka c’est toi qui te donne ta propre valeur, le regard d’autrui n’a aucun impact sur elle). À l’inverse, la réussite sociale valorisée aujourd’hui repose, elle, sur un locus externe. Louie Média en parle dans son épisode de podcast sur La confiance en soi (et l’orientation) avec notamment, Navo en invité. Tu verras l’épisode est ultra complet et chouette.

Beaucoup de personnes semblent aujourd’hui déconstruire leurs idées de succès lié à la growth moula, aux grosses voitures, etc. pour se construire leur propre définition.

Aujourd’hui, réussir se conjugue au pluriel. Et si on osait se réinventer ?

« Aujourd’hui j’ai envie d’être heureuse. C’est déjà ambitieux comme objectif » Camille

quelques ressources

👉 Les Échos avaient fait un article sur les symboles de la réussite

👉 L’interview Moonwalk de Jérémy Nadeau qui parle de la manière dont sa définition de la réussite a évolué avec le temps, passant d’une notion financière à l’épanouissement personnel

👉 L’épisode sur la confiance en soi du podcast Vlan! avec l’institut Emma Monsaignon de l’institut Eranos, centré sur la confiance en soi au féminin

👉 Envie d’aller plus loin dans l’exploration de ton rapport à la réussite ou au changement ? Rdv sur le programme La Culbute by Our Millennials Today pour faire le point avant de plonger 👇


bonus : on ne peut réussir que dans un seul domaine ?

« Moi j’ai envie de réussir ma vie personnelle. Tant pis si je dois sacrifier ma vie pro » une nageuse en réflexion

Je me demande souvent si la réussite – ou du moins la définition qu’on lui associe souvent) a un genre. Un peu comme pour l’ambition, j’arrive – aussi souvent – à la conclusion que Jean-Michel est peut-être (malheureusement) plus prompt à « réussir » que son acolyte Jeanne-Micheline (leurs parents étaient lazy ok ?)

Pour les femmes, réussir, c’est souvent

  1. jongler entre vie pro et vie perso plus habilement que tout·e nageur·se avec ses divers entraînements de renfo, conditionning ou endurance sous couvert de se faire taxer de mauvaise personne
  2. arriver à tout gérer avec brio dans les deux domaines (parce que, voilà)
  3. plutôt pensé sur une période courte, au sens où l’on nous apprend depuis enfant que, notre carrière sera bouleversée par la maternité. Et ce, sans nous avoir consulté au préalable sur notre envie d’en avoir – ou non.

Une personne m’avait justement sorti entre deux brasses « Quand les femmes sont au travail elles cumulent les rôles. Mère*, femme mariée / en concubinage / femme seule. Les hommes, au contraire, se dévêtissent de leur rôle de père / mari / conjoint pour n’être qu’eux »

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