#5 bis – « Si eux n’y arrivent pas, pourquoi ce serait différent pour moi ? »

Leeeet’s go! N’hésite pas à te mettre à l’aise avant de lire ce qui suit. Étends tes jambes, sors ton goûter et tes lunettes (de soleil) ; moi, je vais m’allonger ! L’athlète du jour fait partie de ce fameux club des indécis·es dont on a eu l’occasion de parler rapidement ici. Ce café a eu lieu au terme de la (courte) expérience en startup de cette personne, avant sa “reconversion” post-études en conseil. J’étais curieuse d’avoir son avis (extérieur) sur ce milieu dans lequel j’évolue depuis maintenant plusieurs années.

🐚 Game on

Hello ! Merci d’avoir répondu à l’appel pour un petit café-orientation. Tu peux m’en dire plus sur ton parcours ?

Avec plaisir, je te préviens : il est assez peu original. Comme beaucoup j’ai fait une prépa avant de terminer – comme beaucoup – en école de commerce. Comme je n’avais pas un attrait particulier pour les chiffres, je me suis d’abord destiné·e à travailler dans le domaine culturel avec un rapide passage en startup. Ce n’est après que j’ai repris un chemin disons plus… classique – le conseil tu connais [rires].

Disons que ma dyscalculie profonde me tient éloignée de ce même destin, mais j’entends [rires]. Est-ce que tu pourrais m’en dire plus sur la manière dont ce qui t’a amené·e à travailler en startup ? Les sirènes du domaine de l’innovation ont fini par t’avoir ?

Pas du tout ! Même si j’ai beaucoup d’amis qui sont tournés entrepreneuriat comme toi, je me situais plutôt à l’opposée. La startup life ne me faisait pas rêver. Pour être honnête, mon objectif en entrant en école était de m’orienter dans le secteur culturel. Bizarrement, c’est cette envie qui m’a conduit·e en startup puis en conseil. Ma première expérience professionnelle était en édition dans une entreprise assez traditionnelle. C’est de là que m’est venue l’envie de voir comment une startup pouvait pouvait espérer se faire une place dans un domaine aussi fermé.

Et donc comment s’est passée cette fameuse expérience ?

Et bien…je ne peux pas dire que je détestais mon taf. Seulement sa culture que je trouvais assez malsaine en y repensant bien. Par contre, j’adorais mes collègues. On a beau dire, ça fait du bien de se retrouver avec des gens aux parcours similaires au mien. La majorité étaient des Normaliens, Sciencepistes ou en école de commerce. Tout le monde était super curieux. S’il n’y avait eu qu’eux, je crois que je serais resté·e !

Plus ça allait plus on me donnait de grosses responsabilités. J’ai fini par gérer un projet entier comme la personne qui s’en occupait avait démissionné. J’étais totalement sous-payé·e par rapport à la charge de travail fournie. J’aurais carrément pu demander plus. Ou j’aurais peut-être dû partir en refusant toutes ces conditions. J’ai pas osé, j’ai serré les dents pour le cv et pour la bonne cause.

J’ai eu droit à la tirade sur l’investissement, tu sais la fameuse :

« On a besoin de voir que tu t’appropries le projet. Qu’il te tient à coeur autant qu’à nous. »

C’était assez ridicule et profondément paradoxal parce que j’ai justement rejoint l’entreprise pour le projet. Après, ce n’est pas le mien donc je ne vois pas pourquoi je serais allé·e m’épuiser pour lui. Je n’étais pas prêt·e à renoncer à ma vie pour ça. 

Une des choses qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille dès le début était le taux de turnover. Mais tu n’y fais pas attention, surtout en arrivant. Ma boss passait son temps à me dire qu’elle allait partir…. et m’a annoncé un jour qu’elle quittait l’entreprise le lendemain. Aucun stage n’était transformé en CDI. On nous le faisait miroiter mais beaucoup enchaînaient les CDD, c’était pas très Charlie [rires].

Cerise sur le gâteau : à la fin de mon stage on m’a proposé de rester en tant que “bras droit du CEO”… en CDD. La définition même de l’exploitation. J’ai dit non, j’allais – enfin – être diplômé·e, je n’étais pas à la recherche d’un énième stage, quand bien même le CDI m’attendait-il « si on arrive à lever ».

Tu regrettes ne pas être resté·e ?

Pour être honnête, oui. Des fois je me demande ce qui se serait passé si j’avais choisi de jouer le jeu de la startup. Si j’avais accepté de continuer à travailler sur des tâches qui n’étaient pas les miennes, avec un salaire dérisoire au profit “du projet”. L’entreprise a réussi à lever énormément de fonds après mon départ. Ce qui veut dire qu’ils auraient pu m’embaucher. Après, la vraie question étant : l’auraient-ils vraiment fait ? Connaissant mon équipe de direction je n’en suis même pas certain·e. Je reconnais que je n’ai pas été emballé·e par ce que j’ai vu de la culture startup.

En fait j’ai eu la mauvaise impression qu’elle reposait en partie sur l’identification des forces des personnes et leur exploitation… Tout en jouant sur nos faiblesses émotionnelles. Le ton faussement amical et transparent y a beaucoup fait pour moi. Ça devenait difficile de faire la part des choses.

En t’écoutant je me dis qu’en fait une culture d’entreprise saine est essentielle pour bien travailler. Ça doit être très lié au climat créé par les fondateurs / les leaders comme tu avais l’air d’apprécier ton environnement de travail “direct”. Est-ce que je peux te demande ce que tu as fait après ?

Bien sûr [rires] Une fois cette expérience terminée, je ne savais pas dans quel domaine m’orienter. Donc j’ai fait des démarches… pour rejoindre une startup ! Moi qui m’étais juré·e que ça ne recommencerait pas. Je me demande encore quelle tête mon ancien·ne boss a pu faire quand on l’a contacté·e pour avoir un retour sur mon travail [rires]. Surtout que je lui avais dit quitter le monde startup pour plus de stabilité.

C’est ce besoin de stabilité qui m’a poussé·e à aller dans le conseil. Je me disais aussi que ça me permettrait d’apprendre de nouvelles choses – et exercer ma rigueur. 

Quel revirement ! Mais je comprends tout à fait. On est beaucoup à penser à considérer cette voie en sortie d’étude. Ça recrute bien, on a des missions a priori variées, et on retrouve souvent des gens qu’on connait. C’est un peu l’évolution Pokémon de l’école de commerce. Ça rassure mine de rien. Ça t’a plu ?

Pour être franc·he… pas trop. Mais je pense que c’est une question de missions plus qu’autre chose. J’ai eu beaucoup de chance, mon cabinet était assez bienveillant. Je pense que d’une certaine manière on reconnaissait ma valeur comme je ne me suis pas fait·e virer salement après 3 mois comme d’autres. C’est “juste” que je ne faisait pas l’affaire.

J’ai dû travailler sur une mission horrible. Tant côté mission que client. Vraiment pas pour moi, mais j’ai serré les dents encore une fois. Une fois terminée, j’ai senti que ça n’allait pas trop dans mon sens : je n’ai été staffé·e* nulle part ailleurs. J’osais pas trop aller voir mon manager, et un jour j’ai été appelé·e pour un entretien. Un peu sur le mode “il faut qu’on parle”. On savait tous les deux ce qui allait s’y dire. Ça n’a pas raté : on m’a “proposé” de me remercier avec un sursis de 3 mois pour que je puisse trouver autre chose. 

« On te mettra notre réseau à disposition »

On m’a même fait passer des tests de personnalité, ce qui a apparemment confirmé que mon profil n’était pas fait pour le conseil.

C’est drôle, je ne pensais pas qu’il y avait un profil-type identifié pour réussir dans ce milieu. Ça fait limite peur de se dire qu’on peut nous mettre aussi vite dans une case. Je suis curieuse, as-tu choisi de rester dans le conseil ou en as-tu profité pour creuser d’autres pistes ?

J’avais besoin de me tester en revenant vers ce qui me passionnait plus jeune. Mais ça n’a pas marché. Ça a été dur à accepter mais j’ai compris que je n’étais plus la même personne qu’a l’entrée en école. Mon niveau de culture G avait chuté faute d’entretien. C’est un choix comme un autre, mais ça m’a fermé des portes. Je peux toujours me remettre à étudier de nouveau, mais en ai-je seulement le courage ?

Qui plus est, le domaine éditorial ne voit pas d’un très bon oeil les “dissidents” comme moi. Et j’avais encore du mal à assumer le fait de m’être dirigé·e vers le conseil par souci de stabilité. J’en avais besoin à ce moment et ça m’a effectivement servi. Mais comme je n’étais pas à l’aise moi-même avec cette décision, je ne pouvais pas argumenter en ma faveur. Je me suis cramé·e. Au moins j’aurais tenté. Ces “échecs” m’auront fait regarder le monde du travail différemment. Tu sais, quelques fois je vois mes amis brillants qui galèrent et je me dis “si eux n’y arrivent pas, pourquoi ce serait différent pour toi ?” C’est tout sauf rassurant.

J’envie souvent les ingénieurs. Leur parcours a l’air si simple ! Tu arrives en école, tu te spécialises, tu fais des stages sur le terrain pour apprendre. Quand tu ressors tu as un vrai bagage ! Alors que pour nous tout est très flou. J’ai l’impression de n’avoir aucune compétence “dure” sur laquelle m’appuyer.

En voyant les mois défiler j’ai paniqué et… je suis retourné·e vers le milieu que j’avais quitté : le conseil. MAIS comme je savais à quoi m’en tenir, j’ai décidé de bien choisir le cabinet cette fois. J’ai mis de côté la renommée pour me concentrer sur les missions et à la culture d’entreprise. Pari gagné.

Et comment s’est passée la crise ? Ton opinion n’a pas trop changée ?

Figure toi que le COVID 19 a confirmé ce que je pensais ! Ce sont des bisounours, mais dans le bon sens du terme : bienveillants. Nos managers ont fait très attention à notre santé mentale et nous ont soutenu pendant toute la période de crise. C’est assez rare dans ce milieu, c’est ce qui a vraiment témoigné de la visée “humaniste” du projet à mes yeux.

Après, je ne suis pas sûr·e d’y rester longtemps. J’ai commencé à me rapprocher de différents acteurs de l’éducation via mes missions. Je réfléchis à m’engager avec Le choix de l’École depuis plusieurs mois déjà, ça me permet de penser à ma reconversion de l’intérieur. C’est parfait !

Merci beaucoup pour ce partage c’est génial ! Une dernière question pour la route : tu voulais faire quoi plus jeune ?

Je voulais devenir écrivain·e. Ceci dit ça n’a jamais trop changé. J’ai récemment pu reprendre cette activité que j’adore. C’est vraiment quelque chose que j’ai envie de cultiver dans les années à venir. Je ne sais pas encore comment je vais pouvoir concilier ça avec ma vie professionnelle, mais j’ai le temps d’y réfléchir.

Comme quoi, on revient souvent à nos amours de jeunesse. All the best, tiens moi au courant de la suite et à bientôt !

🐚 Mic off

* Terme utilisé qui signifie être assigné·e à une mission particulière 


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