#4 bis – « J’avais peur d’être ridicule »

Place aux athlètes ! Pour notre deuxième rencontre les pieds dans l’eau, on accueille notre nageur du jour, artiste de formation. S’il nageait le crawl, on pourrait admirer à 5m les vagues sur son passage. Les études au sens classique n’ont effectivement pas su séduire notre jeune espoir qui a préféré quitter l’école sur le chemin du bac. Dans cet entretien, il nous partage son rapport à la réussite, aux autres, et au perfectionnisme. 

🐚 Mic on

Coucou ! Merci d’avoir accepté de nous partager une partie de tes réflexions. Je suis intriguée, tu me parlais du fait que la pression te paralysait, tu pourrais m’en dire un peu plus ?

Si ça te va je vais prendre un exemple, ce sera plus simple. Et ça nous fera parler foot.

Allez, c’est parti !

Ne ris surtout pas mais, je me considère plutôt comme quelqu’un de bon au foot. Tous mes potes te le diront aussi. Alors oui ok, j’ai laissé tomber plus jeune, mais c’était parce qu’après mes problèmes de croissance j’ai eu la flemme de reprendre. J’avais pas envie de travailler mon cardio. Bref, si j’avais eu la motivation, je te jure que j’aurais pu devenir M’Bappé ! [rires] En fait non, je crois que lui a vraiment un truc en plus. 

Mais j’ai remarqué quelque chose. Dès que j’étais en match, qu’il y avait une certaine forme de pression, je perdais mes moyens. Du genre, il suffisait qu’on me passe la balle pour que je bloque. Je me posais un milliard de questions – “mais que vais-je en faire ?” –, et je la perdais dans la foulée. Alors qu’en entrainement ou avec les potes tout était beaucoup plus easy ! On a tous une façon différente de gérer la pression, mais ça me paralyse. C’est terrible. En plus c’est super con. J’aimais pas le fait d’appartenir à un club. Je crois que c’est même pas la peur de rater qui me gênait. Juste de penser à ce que les autres allaient dire de moi sur le moment. Un match ça inclue forcément un public, et comme on jouait souvent à domicile… ça voulait dire que ça allaient être des gens que je connaissais et comme les infos vont vite je ne voulais pas qu’on puisse trouver quelque chose à redire sur moi… En fait j’avais peur d’être ridicule ; et j’en devenais ridicule. Alors qu’il faut pas se poser de questions quand tu joues. Dès que tu commences à trop réfléchir, ça dérape. C’est pareil pour tout.

On réagit tous différemment face à la pression. Ça en booste certains, d’autres ça les paralyse, et t’en as même qui fuient. Moi je ne fuyais pas, ça me rendait juste…nul [rires]. Après c’est pas grave, t’as le droit d’être nul ! D’autres aussi sont nuls. Il faut juste en avoir conscience.

C’est drôle que tu dises ça. D’autant plus qu’aujourd’hui tu évolues dans un milieu artistique. Ça demande de sortir de ses gonds, de se ridiculiser par moment. Tu le gères comment ? 

J’ai grandi depuis. Avant, j’avais envie d’être un peu comme tout le monde, dans le même mood que les autres. Quand t’es petit t’as envie de faire comme les autres. Mais c’est sûr qu’avec le regard des autres tu vas jamais te lancer.

Même aujourd’hui je ne peux pas dire que je me fiche de tout. Certains avis comptent pour moi, c’est sûr. Dire le contraire serait mentir. J’aime bien quand mes potes me valident par exemple. Ou quand je sens que ma famille est contente. Mais j’ai appris à me détacher du regard de ceux qui ne font pas partie de cette bulle. De toutes les façons, sans entourage tu vas nulle part. Si je regrette une chose, c’est de ne pas avoir osé sortir plus tôt du chemin “classique”. Maintenant que je suis lancé je comprends que quand t’aimes un truc tu te donnes à fond. Si je l’avais compris plus tôt j’aurais commencé plus vite. Mais c’est la vie. 

Merci beaucoup de ce partage ! Mais je suis intriguée : à quel moment tu as eu ce déclic ?

Je crois que c’est depuis que j’ai commencé le théâtre. J’écris beaucoup, ça t’oblige à prendre du recul. Et même si je suis encore jeune, je ne suis plus un bébé non plus [rires]. J’ai grandi, d’une certaine manière. Je ne dis pas que tout est fixé. 

Après, concernant mon choix d’orientation… ça a été assez simple. Je me suis posé et j’ai pris trois les choses que j’aimais faire – foot, musique et cinéma. Je me suis demandé selon les trois où j’étais le plus à même de réussir, et j’ai choisi. J’ai commencé le théâtre par hasard, j’ai trouvé ça drôle et j’y suis allé. 

Et la réussite tu la vois comment ?

Je sais pas. En ce moment je me demande si le QI joue vraiment dans la vie ? Je m’explique. J’ai l’impression que sur terre t’as des gens comme nous, et ceux qui font bouger les choses ; enfin, des choses qui marquent l’histoire. Tu crois qu’on aura des gens comme ça ? Parce qu’en regardant les philosophes, ou le théâtre d’aujourd’hui, j’en ai pas l’impression. Attention ! J’adore les pièces contemporaines, c’est mon époque et on en joue beaucoup mais rien n’a la portée d’un… Shakespeare par exemple ! Qui a dit que c’était un classique ?

En fait sans plaisir t’accomplis rien, et si tu te forces, t’iras pas aussi loin. Donc c’est sur que ceux qui sont bons dans un domaine aiment ce qu’ils font. 

Effectivement c’est une grosse question l’intelligence, on pourra en reparler plus tard si tu veux, je suis sure que tu as plein de choses à partager sur le sujet ! En tout cas merci d’être venu aujourd’hui c’était génial, à bientôt !

En manque de dissertation ? “ Le classique” Vous avez 6 heures. Allez bisous.

🐚 Mic off


À très vite pour un nouveau plongeon 🐋

Apolline

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