#7 – Témoignage – La pause comme tremplin

« J’ai choisi de faire de cette pause une opportunité »

Notre rencontre d’aujourd’hui s’effectue en mouvement, entre deux bassins. Notre nageuse a récemment choisi de quitter son équipe en lice vers le championnat pour reprendre les bases. Entre longueurs de brasse, matchs amicaux de hockey subaquatique, et autres réjouissances, cette pause musculaire arrive à point pour explorer les différentes disciplines existantes. Elle compte ensuite s’orienter vers celle qui la fait la plus vibrer… plus tard, si le coeur lui en dit.

🐚 Mic on

Coucou ! Merci beaucoup de venir partager ton expérience, first things first, peux-tu me parler de ton parcours ?

Salut ! Alors, comment résumer tout ça ? Disons que j’ai fait…. J’ai découvert les designers dans ma dernière mission, j’adore leur façon de réfléchir et leur esprit orienté utilisateur, alors qu’en conseil on a plutôt tendance à les oublier.

Comment réagit ton entourage depuis que tu as démissionné ?

C’est très étrange. J’ai deux types de personnes dans mon entourage en ce moment. Celles qui sont un peu dans le même état d’esprit, qui comprennent mon envie de faire les choses à mon rythme, d’explorer. Et celles qui me demandent incessamment “t’en es où ? tu as trouvé quelque chose ?”

Je crois que ça me dérange un peu. Quand on me pose ces questions j’ai un peu l’impression que de leur point de vue, ma vie est entre parenthèses aujourd’hui, et qu’elle ne reprendra que quand j’aurai de nouveau un travail. Je pense que d’une certaine manière c’est aussi une façon de projeter leur peur sur moi. C’est sûr que je ne suis pas dans le schéma classique de la “carrière” qu’on nous promet en sortant d’école.

Finalement j’ai décidé de faire de cette pause une opportunité, de me réapproprier cette période. Un exemple simple : je voulais vraiment revenir à Paris. Je ne sais pas pourquoi mais c’est une ville qui me fait vraiment vibrer ! Et bien pendant un moment je me disais “ok, tu trouves un job à Paris et comme ça tu pourras y déménager ensuite. Alors que pas du tout ! Pourquoi attendre pour changer de ville alors que l’inverse aussi est possible ? Du coup, j’y vais dans 2 semaines pour trouver un appartement ! D’ailleurs, si jamais tu as un plan appart, je prends avec plaisir [rires].

Je vois bien ce que tu veux dire sur le fait de se réapproprier cette période. Sans l’avoir vécu, je me souviens d’une personne qui avait peur du chômage parce qu’ayant connu une période d’inactivité, son souvenir lui donnait l’impression d’avoir été écarté de la société d’une certaine façon. Et comment t’est venue cette envie de changement ? Tu t’es réveillée un jour en te disant “c’est bon je pars” ?

Je pense que c’est un processus. Quand je faisais du conseil [rires] Oui, je suis passée par cette case faute de vraiment savoir ce que je voulais faire. Je me souviens d’un jour où j’étais au bureau en train de faire… des slides. Bref, ce jour là, je me suis retournée, et j’ai vu qu’on était tous en train de faire la même chose. On avait tous le même air d’ennui sur le visage. Je crois que c’est à ce moment que je me suis dit “Punaise mais c’est ÇA le bonheur ? Est-ce que je veux vraiment faire ça toute ma vie ?” Un genre de mini-déclic qui a lancé la réflexion. 

Et c’est drôle parce qu’aujourd’hui je me rends compte que je me suis beaucoup rapprochée de personnes qui partagent ma vision des choses, mes valeurs. Je pense que c’est un cercle vertueux parce que j’en rencontre de plus en plus de gens qui sont dans cette veine. Je le prends comme une chance.

Tu as tellement raison. Je pense que ton environnement reflète beaucoup qui tu es, donc ça veut dire que tes ami·es t’aident aussi dans cette évolution. Et comme on passe beaucoup de temps au travail, c’est sûrement pour ça aussi que ta réflexion n’était pas aussi mûre ? Surtout que j’ai quand même l’impression qu’on lie énormément travail et identité.

Mais bien sûr. Une des premières questions qu’on pose aux personnes qu’on rencontre c’est toujours “tu fais quoi ?”, ça met une pression énorme ! 

Il y a une grosse partie éducative sur la façon dont on voit le succès ou notre activité ! Pour moi la rémunération a longtemps eu une place importante dans ma manière d’aborder le travail, d’autant plus que la première question de mon père lorsque je décroche un nouvel emploi est “combien gagnes-tu ?” Il fait partie de la génération qui a toujours travaillé dans la même entreprise. Certaines choses qui lui semblent logiques, voire acquises dans une carrière ne le sont plus forcément. Par exemple, le fait de toujours avoir un meilleur salaire en changeant de poste ou d’entreprise. Ça ne marche pas à tous les coups, surtout si tu changes de secteur etc.

Tu n’as pas pensé à ton changement de vie justement ? Je crois qu’une de mes peurs est de tellement m’habituer à un certain rythme de vie que j’aurais peur de l’abandonner – même quand le job ne me convient plus. Pour être honnête, ça fait partie des raisons pour lesquelles j’évite le conseil.

Alors j’arrive à vivre avec mon salaire de chômage, mais c’est vrai qu’au début je me suis demandée comment j’allais vivre avec cette réduction de moyens conséquente…. Je me suis dit aussi que beaucoup de personnes vivaient sur ce revenu en temps normal. Je crois que tout est une question de changement de perspective et d’ajustement. J’ai revu mes priorités. Je sens bien quelques fois que les gens ne comprennent pas pourquoi je refuse d’avancer des thunes, surtout quand ce ne sont pas des activités qui me donnent envie. En fait, j’essaye surtout de repenser mon mode de consommation pour y insuffler aussi plus de “sens”. Par exemple je réfléchis beaucoup plus en termes de besoin avant un achat. Ça fait que j’achète moins de choses. 

Mais c’est vrai que la rémunération est un grand sujet. À un moment, je me disais que c’était aussi ce qui empêchait certain·es de passer le pas d’une carrière de sens. Généralement ces personnes gardent à côté une activité bénévole pour pouvoir nourrir à la fois leur envie de réussite matérielle et celle d’avoir un impact. Mais si tu me posais la question sur mes aspirations aujourd’hui je me rends compte qu’il y a un écart énorme entre le “niveau des salaires” et le milieu ESS. La charge mentale est énorme, le risque de sur-investissement très présent comme ton engagement est directement lié à tes valeurs personnelles. La ligne entre vie pro et perso risque de devenir encore plus fine et c’est assez peu compatible avec mes envies de slow-life

Pourquoi ne pourrait-on pas conjuguer les deux et trouver une activité pro qui nous épanouit avec une bonne rémunération pour pouvoir s’engager à côté ? Ça permettrait d’atteindre le fameux triptyque de vie pro/ engagement association/ temps de vie pour soi.

C’est super intéressant comme pensée. Je n’arrive toujours pas à savoir où je me situe sur ce débat, je serais ravie qu’on en rediscute. En tout cas, merci beaucoup d’avoir partagé ton expérience. J’espère que tu nous donneras des nouvelles sur ta quête de sens et l’entrepreneuriat. À bientôt !

🐚 Mic off


À très vite pour un nouveau plongeon 🐋 

Apolline

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